Utiliser le cinéma pour expliquer des notions au programme

L’analyse de Laurence Prade-Fulleda : comprendre le conte philosophique avec « Le Ruban Blanc »

Prenons un objet d’étude : « argumenter à travers un support : le conte philosophique ». L’étude d’une œuvre cinématographique peut compléter celle d’œuvres littéraires plus classiques, comme « Zadig » ou « Candide ».  »Le Rubal blanc » de Haneke rassemble à la fois :

  • des aspects « réalistes », qui inscrivent cette fiction dans un pays et une temporalité précise, l’Allemagne de 1913,
  • un travail de mise en forme et d’esthétique qui permet de dépasser le simple reportage pour accéder à une dimension intemporelle, universelle et, osons le mot, morale.

Objectifs 
À première vue, ce second aspect peut échapper aux élèves. Il doivent donc se documenter pour mesurer le travail fourni autour de ces deux dimensions du film. Le D.V.D. pédagogique édité par le Scéren-C.N.D.P. est un excellent outil pour ce travail.

Déroulement
Deux groupes d’élèves peuvent explorer le D.V.D. en cherchant  des éléments sur l’aspect documenté du film et les recherches que l’auteur a dû faire. Ainsi l’interview du cinéaste fourni des informations précieuses sur :

  • les recherches d’acteurs crédibles (jusqu’en Roumanie…) ;
  • les images d’archive ;
  • le souci d’authenticité dans la peinture des mœurs, grâce à de multiples lectures.

Le D.V.D. propose aussi des références intéressantes sur les sources d’inspiration du cinéaste et sur sa filmographie, qui propose une peinture au scalpel de la société allemande. Une étude sociologique précise permet de mesurer la justesse dans la peinture des rapports de classe que le film met en exergue.

Enfin, les élèves peuvent y découvrir les photos d’August Sander, qui a inspiré le cinéaste dans ses choix esthétiques.

Tous ces éléments semblent aller dans le sens d’un certain réalisme et d’une volonté d’accomplir un travail d’historien. Pourtant, le film a une portée beaucoup plus générale, sur le mal et son existence dans la condition humaine. Pour étayer cette dimension, Haneke a recours à l’esthétique du conte qui lui permet, comme au XVIIIe siècle, de transcender sa réflexion.

Ainsi l’interview de son scénariste, Jean-Claude Carrière , permet de mesurer comment, en enlevant beaucoup de scènes, le projet a pris une dimension mystérieuse, quasi policière, qui sert la réflexion tout en tenant le spectateur en haleine. Comme dans les grands récits mythologiques, la quête de la vérité sert la réflexion philosophique. De plus, deux articles sur la parole et le traitement de la violence, suggérée plutot que montrée, soulignent l’important travail de mise en forme de la fiction au service d’une réelle réflexion.

Les élèves peuvent ensuite rendre compte de leurs recherches et les mettre en forme pour la classe sous forme d’exposé oral.

Ensuite, la classe fait un travail d’analyse du film beaucoup plus approfondi, notamment sur son esthétique. Objectif : montrer que, comme Voltaire dans « Candide » par exemple, l’auteur se sert d’événements réels pour développer une réflexion beaucoup plus large sur le mal dans la condition humaine et même, plus perturbant, chez les enfants. Le malaise qui en découle pour le spectateur est aussi source de prise de conscience…