« Marie Antoinette » de Sofia Coppola

L’analyse de Maxime Antoine

Je n’avais pas vu Marie-Antoinette depuis sa sortie en salles. Autant dire que cela faisait tout de même un bon bout de temps. Et pourtant, de temps en temps, j’y repensais. C’est peut-être ça le propre des grands films. Ils vous marquent, mais de leur manière particulière, comme s’ils faisaient partie de vous une fois que vous les avez vus. C’est d’autant plus curieux qu’en 2006, j’étais encore bien jeune, et j’avais vu ce film avec ma mère, dans le petit cinéma de notre ville, qui ne passe les films qu’en version française. Autant dire que je ne l’avais pas vu dans les conditions idéales. Mais s’il m’est autant resté comme une « référence », c’est peut être que son sujet me touchait plus particulièrement.

Par delà le sujet historique, qu’il transgresse allègrement, Marie-Antoinette est une fresque intimiste sur l’adolescence et le passage à l’âge adulte. Kirsten Dunst y incarne avec une rare justesse une future reine perdue dans un milieu austère éloigné de la Cour où elle a grandi. Tout adolescent se retrouve facilement en elle. Mêmes interrogations, mêmes peurs. Le film parle tout aussi bien aux adultes, imaginez-vous devoir passer la nuit avec votre conjoint devant une petite assemblée qui attend un héritier ! En fait, tout le film n’est qu’une affaire de fuites. Fuite dans l’excès, la gourmandise et l’ivresse d’une jeune femme délaissée par son mari, fuite dans la nature et l’intimité pour s’isoler de la Cour étouffante et de ses médisances, fuite dans les bras d’un beau jeune comte suédois pour trouver du réconfort, puis fuite, plus grave et celle-là purement historique, à Varennes, pour échapper à la fureur du peuple. Et après tout, notre vie n’est-elle pas elle aussi affaire de fuites ? Qui ne peut comprendre et s’émouvoir devant la détresse de ce personnage, si mal aimé des français ?

Ce qui (me) séduit aussi énormément dans ce film, c’est sa soif de liberté. Il y a évidemment les libertés avec le cadre du film historique, dont Coppola voulait à tout prix sortir : musique new wave et pop-rock qui illustre à merveille le sentiment d’évasion et tendrement rebelle de son héroïne, anachronismes pensés dans ce même esprit (une paire de Converse qui traîne, du champagne qui coule à flot et des drogues qui rappellent celles d’aujourd’hui… La réalisatrice songeait même à montrer des voitures ! ), avalanche de friandises et de couleurs… Le film est de ce point de vue un petit bijou de plaisir coupable et enfantin devant des « jolies choses ». Le voir au cinéma, c’est se fondre, se perdre avec délectation au milieux de ces sons et de ces couleurs, d’apprécier tout les détails de ce film à la fois baroque et terriblement moderne. Curieuse réception à Cannes par le public pour un film qui sera pourtant honoré par la critique et les spectateurs, et auquel un prix comme celui de l’Éducation Nationale a rendu justice.