Coline Grando

Coline Grando

Étudiante en khâgne littéraire, option cinéma

Coline Grando

Petite, le cinéma a d’abord été un fabuleux divertissement et un moyen d’évasion. Le plaisir du dépaysement par la vision de mondes et de destins extraordinaires m’a émerveillée enfant et me ravit toujours. Je ne me lasse pas de regarder les films de genre : des comédies musicales telles Chantons sous la pluie de S. Donen, des films de science fiction comme Star Wars de G. Lucas ou des destins singuliers comme celui de Forrest Gump de R. Zemeckis.

Puis adolescente, plus qu’un amusement, j’attendais d’un film qu’il m’offre une connaissance du monde et de l’homme.

Arrivée en classe préparatoire, j’ai découvert une nouvelle manière d’appréhender le cinéma : en analysant les films, j’ai trouvé un nouveau plaisir. A présent, je vais au cinéma pour découvrir une manière de filmer, un univers, une façon de voir le monde. J’attends d’un réalisateur qu’il me parle du cinéma tout en me disant une vérité. Par exemple, j’ai été d’abord décontenancée par la narration d’À bout de souffle de Godard et en même temps éblouie par l’esthétique du film : malgré le manque apparent de moyen, il en émanait une beauté qui m’a profondément émue. Puis j’ai appris à apprécier un film dont l’action n’est pas dense, voire même décousue. L’émotion est alors différente, plus profonde car moins immédiate.

Je pense que ce que j’ai recherché à toute âge au cinéma et que je recherche encore maintenant d’une certaine manière, c’est de la magie. Quand je parle de magie, ce n’est pas uniquement d’un monde merveilleux où poésie et imaginaire sont unis, mais plutôt lorsque s’opère une sorte de révélation à soi et en soi. Le cinéaste avec qui je ressens très fortement cette révélation est Eric Rohmer. Son cinéma est, selon moi, le plus ambitieux de tous, car avec une très grande économie de moyen et une épuration de la mise en scène, il parvient à montrer la complexité des rapports humains dans toute leur vérité. Dans L’amour l’après-midi, lorsque Frédéric s’apprête à tromper sa femme, il suffit à Rohmer d’un plan et d’un geste du personnage (il enlève à moitié son pull et se regarde dans le miroir), pour que le spectateur comprenne que Frédéric ne passera pas à l’acte.