Laurence Prade-Fulleda

Laurence Prade-Fulleda

Professeur de lettres modernes en lycée

Laurence Fulleda

Faire partie du jury du prix de l’Éducation Nationale me réjouit : j’y vois l’accomplissement d’un rêve de cinéphile et de pédagogue.

Mon amour du cinéma a commencé à l’adolescence, quand le monde extérieur parait parfois trop hostile, que la salle obscure offre un refuge et un émerveillement. Pendant mes études, j’ai essayé de concilier mon goût pour la littérature et pour les images. J’ai fait une maîtrise sur Maurice Pialat en 1985, avant qu’il n’obtienne la palme d’or et ne devienne le cinéaste reconnu de tous.

Aujourd’hui professeur de Lettres modernes, j’intègre au maximum le cinéma à ma pratique. Toutes les semaines, en classe, on fait le point sur l’actualité culturelle et chacun peut dire ce qu’il a vu le week-end précédent. On évoque nos choix, nos préférences, on échange nos impressions. Cette pratique systématique crée, je l’espère, un intérêt cinéphile. Je donne à tous mes élèves le programme du ciné-club afin qu’ils puissent venir aux séances hebdomadaires, pour lesquelles ils on un tarif préférentiel. Le dispositif « Lycéens au cinéma » complète ce travail : les élèves peuvent accéder à un patrimoine cinématographique qui a tendance à disparaître progressivement des écrans télévisés. C ‘est une joie de découvrir et de partager leur plaisir devant Freaks de T. Browning ou Les Lumières de la ville de Chaplin, deux films très appréciés ces dernières années.

Enseignante dans le premier puis le second degré, j’essaie de mettre le cinéma au centre des apprentissages de mes élèves. L’image permet au pédagogue d’aborder des notions complexes en s’appuyant sur des éléments concrets et plus proches des élèves. Par exemple, au collège, pour aborder le schéma narratif, l’étude d’Edward aux mains d’argent de Tim Burton. Au lycée, pour aborder des notions très abstraites de la technique littéraire, comparer les points de vue sur le monstre à travers la mise en scène de Freaks et la scène de la découverte de John Merrick dans Elephant man ; apprendre la dissertation en travaillant sur le « genre », à travers une réflexion autour de The host de Jon Bong Hoo ; apprendre le commentaire composé en partant du générique de Tout sur ma mère. J’engage les élèves à voir des films en lien avec les objets d’étude de nos programmes de français du lycée. Par exemple, sur le thème des réécritures, Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears ou Œdipe roi de Pasolini. Je développe le ciné-club dont je suis la vice présidente, en essayant de susciter un échange entre générations. Les films que j’évoque en classe sont souvent suivis de cafés-philo : « L’humain peut il être monstrueux ? » après Freaks, « Qu’est ce qu’un éducation idéale ? » après Elephant, « La liberté totale à quel prix ? » après Into the wild de S. Penn.

Bien que n’enseignant pas dans une section cinéma, j’ai le sentiment de partager avec mes élèves un langage commun, qui les amène peu à peu au langage écrit, plus difficile d’accès. Mais j’ai également l’impression de développer, grâce au cinéma, cette part d’humanité que l’éducation doit mettre en valeur pour les amener à réfléchir et à vivre ensemble.