“O estranho caso de Angelica”, le 8 septembre 2010

O estranho caso de Angelica, ou la fontaine de jouvence de Manoel de Oliveira, par Maxime Antoine

La découverte du 32e long métrage du réalisateur centenaire portugais fut un ébahissement et une très agréable surprise. Après le très court mais remarqué “Singularités d’une jeune fille blonde”, Oliveira se lance dans ce film d’une longueur tout à fait raisonnable au vu du faste de ses films comme – au hasard – “Le Soulier de satin”.

Cette histoire captivante d’un jeune photographe appelé d’urgence de nuit par une riche famille portugaise pour immortaliser sur pellicule le corps inanimé de leur jeune fille fraîchement mariée s’embarque dans une dimension fantastique, en proposant une romance inattendue entre le fantôme de la belle et le jeune artiste.

Visuellement splendide, le film marie trucages numériques pour animer les photos de la défunte – qui cligne des yeux et sourit à tout va – et effets spéciaux « old school » au charme certes désuet mais d’une puissance onirique remarquable. Les séquences nocturnes où nos jeunes tourtereaux volent au dessus de l’eau et des champs sont d’une beauté à couper le souffle et d’un kitsch parfaitement assumé. 

Par ailleurs, le réalisateur peaufine des cadrages d’une précision redoutable, géométriques, faisant intervenir comme autant d’indices de subtils éléments de décor récurrents, tissant une toile de mini-récits parallèles et métaphoriques. Ainsi trouve-t-on une cage à oiseau guettée par un chat hiératique, mis en fuite par un chien qui aboie au loin, ou bien une tulipe blanche sagement placée au centre de l’écran et à l’intersection de toutes les lignes imaginables qui réapparaît dans un des rêves du photographe. Multipliant les références et influences culturelles, de la nouvelle fantastique des XIXe et XXe siècles aux tableaux, religieux ou non, d’artistes comme le Caravage ou Vermeer, le film est d’une richesse lexicale incroyable.

D’autant plus qu’une réflexion aussi profonde sur la mort de la part d’un réalisateur centenaire est absolument réjouissante : le photographe finit par mourir pour rejoindre celle qui le tourmente, après avoir cultivé une obsession morbide pour ces agriculteurs dont les coups de bêches sinistres évoquent explicitement la Faucheuse, les photos desdits agriculteurs étant alternées avec celles d’Angelica. Que ne trouve-t-on pas dans ce film ? Il y a de l’humour, de l’amour et de la mort. Autrement dit, c’est peut-être un des films les plus vivants, les plus jeunes que l’on ait vu au Festival cette année. Un régal et un vrai souffle poétique.