Découvrir la Quinzaine

« Benda Bilili ! » de Renaud Barret et Florent de la Tullaye

Une analyse de Fabrice Bauvais (collège Antoine Risso, Nice)

Film documentaire, France, 1h24

Fauteuil d’orchestre à l’ouverture de la Quinzaine des Réalisateurs

C’est bien parce que le film documentaire, lorsqu’il est accompli, entend rendre visible ce qui ne l’est pas – montrer le réel fixant plutôt les limites communément empruntées par le flux journalistique – que le film de Renaud Barret et Florent de la Tullaye, « Benda Bilili ! » s’inscrit judicieusement en ouverture de la Quinzaine des réalisateurs.

Traduire le titre : « Au delà des apparences » confirme la conviction formelle et humaniste, habilement opportuniste, du duo de jeunes réalisateurs. Inscrire l’ascension de mendiants musiciens paraplégiques des rues de Kinshasa dans une écriture cinématographique quasi fictionnelle :

  • personnages archétypaux (Ricky le vieux sage, Roger la jeune recrue…) ;
  • dramaturgie ascensionnelle (cinq années de l’anonymat à la renommée) ;
  • péripéties (déjouer les pièges de la rue, enregistrer un album) ;
  • coups d’éclats (incendie) ;
  • suspens (le succès sera-t-il au rendez-vous ?) ;
  • happy-end (Eurockéennes de Belfort).

Sans que l’on parvienne immédiatement à démêler le tissage étroit qui s’opère ici entre le documentaire d’une production musicale édifiante  et la construction d’une légende – à la manière d’un biopic par anticipation – ils nous entraînent, par empathie, de la mendicité musicale au succès discographique annoncé.

En effet, les réalisateurs-producteurs n’ont-ils pas témoigné à l’issue de la projection de la nécessité qu’ils avaient ressentie d’utiliser la forme documentaire pour « donner une chance à la production musicale de s’accomplir dans un univers commercial si fermé aux nouveautés » ? Et l’on comprend, sans mépris, la teneur de la difficulté pour des artistes, au premier regard, misérables et cabossés.

A priori bien illusoire, car « au delà des apparences », un « miracle » s’accomplit. C’est tout d’abord par internet, en scopitone, que leur talent a été révélé au public et que les financements de la production ont été recrutés. C’est par ce « film musical qui n’en est pas un », « un film sur des outsiders qui défient un système qui les définit comme tel » (production) que l’objectif promotionnel est atteint bien que les chansons ne soient utilisées que comme des compléments narratifs, intimement liées à la condition de mendiant musicien. Si l’émotion peut éclore, la « musique ouvre le ciel » (Baudelaire) se plait alors à commenter le comité de sélection de la Quinzaine.

Aucun doute, cependant, la force du discours filmique est au service d’une démarche honorable : montrer la misère congolaise sans détour, l’immense consolation et l’irrésistible espoir dont témoigne la rumba-funk-blues du groupe Staff Benda Bilili, par l’alliance fraternelle des talents unifiés de réalisateurs-producteurs européens et des prouesses créatives, organologiques et musicales des bas-fonds de Kinshasa : histoire filmée, histoire d’un film, réciproque influence du réel capté par le cinéma, et du cinéma forgé par le réel.

Quelques pistes d’étude

  • cinématographiques : film documentaire, point de vue, distance, narration, écriture cinématographique, plans larges/rapprochés, montage, images numériques, musique d’écran ;
  • documentaires : République démocratique du Congo, Kinshasa, shégés (enfant des rues), économie parallèle, poliomyélite, handicap, musiciens de rue, Eurockéennes de Belfort ;
  • musicales : instruments de récupération, djembé, satongé, guitares acoustiques, rumba congolaise, coupé-décalé, musique urbaine, fusion musicale : rumba-funk-blues, création et improvisation, musique et internet, scopitone, musique et médiatisation.